Interpellation du Premier ministre: la Chambre basse s’empresse de devancer le Sénat

Trois jours après la décision de neuf sénateurs de signer, en pleine séance d’audition du CSPN, « un acte d’interpellation » du Premier ministre Jean-Henry Céant, du ministre de la Justice Jean Roudy Aly et du ministre de l’Intérieur Jean Marie Reynaldo Brunet, la Chambre des députés revient en force sur la scène politique et coupe avec fracas le chemin des sénateurs interpellateurs. En effet, la Chambre basse devance les sénateurs en fixant l'interpellation de l'ensemble du gouvernement au lundi 18 mars, alors que le Sénat a fixé son interpellation au 20 mars.

Dans une correspondance adressée le jeudi 14 mars au président de la Chambre basse Gary Bodeau, 70 députés ont jugé bon et de fait ont demandé au président de la Chambre d’interpeller le Premier ministre Jean-Henry Céant et son gouvernement. Cette velléité spontanée va jusqu’à porter les élus du peuple à fixer eux-mêmes la date de la séance, soit le lundi 18 mars 2019.
Pas moins de sept motifs servent de justification à la velléité des députés interpellateurs. Ce sont : « Le non-respect de sa politique générale ». « La situation sociale, politique et économique du pays, due notamment à la dépréciation accélérée de la gourde… ». « Le gouvernement a été totalement passif face aux désordres enregistrés dans le pays du 6 au 16 février 2019, symbolisant une instabilité politique néfaste au bien-être de la population ». « Le gouvernement est incapable de sécuriser le territoire, rétablir la paix dans les rues, améliorer les conditions de vie de la population, soutenir la production nationale et mettre le pays sur la voie du développement ». « Les initiatives du gouvernement en matière de justice s’apparentent à des manœuvres en vue de bloquer le procès PetroCaribe et la nécessaire lutte contre la corruption ». « La dislocation par rapport à la solidarité gouvernementale ». « Aucun budget n’a été élaboré en vue de l’implémentation des mesures adoptées par le gouvernement qui devraient soulager la souffrance de la population ».
Le temps paraît très précieux à ce carrefour. En effet, quelques heures après la publication de la correspondance des députés interpellateurs sur les réseaux sociaux, dans l’après-midi même de ce vendredi 15 mars 2019, le bureau de la Chambre des députés a convoqué une conférence des présidents pour décider de la suite à donner à la demande des députés interpellateurs. Le verdict est sans appel, lors d’une rencontre qui n’a duré qu’une quinzaine de minutes, la deuxième instance de décision de la Chambre après le bureau a décidé de maintenir la date du lundi 18 mars pour la tenue de la séance d’interpellation du Premier ministre.
Après la conférence des présidents, le bureau de la Chambre des députés a adressé une lettre au Premier ministre Jean-Henry Céant pour lui annoncer son interpellation prevue lundi 18 mars à 10 heures du matin. Cette interpellation, selon la correspondance signée du president Gary Bodeau, est soutenue par les articles 129.2, 129.3, 129.4, 129.5, 129.6, 156 et 161 de la Constitution de 1987 amendée.

Cette démarche des députés vient à un moment où le chef du gouvernement se trouve en terre marocaine. Selon les précisions d’une source proche de la Primature, il sera de retour au pays le mercredi 20 mars prochain.

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