Insécurité : la maternité Isaïe Jeanty fermée jusqu’à nouvel ordre

Dans un pays où l’offre de soins est insuffisant, pour raison de sécurité, le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), ferme jusqu’à nouvel ordre la maternité Isaïe Jeanty (MIJ) fondée en 1947 et spécialisée dans les soins obstétrico-gynécologiques. Les femmes, grandes bénéficiaires des soins de la maternité, en pâtiront.
 « Pour le présent moment Chancerelles n’est plus. On ne peut pas travailler, on ne peut plus travailler. Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) s'est obligé de fermer les portes de l’institution, tourne la page de Chancerelles pour réinsérer dans les autres centres hospitaliers du pays le personnel », a confié le Dr Chantal Sauveur Junior Datus, directeur médical de ladite maternité joint jeudi par téléphone.
Le climat de sécurité qui se détériore depuis plusieurs mois à Cité Soleil, dù aux affrontements entre gangs rivaux, a contraint les responsables à être drastiques. « C’est grave parce que nous sommes arrivés à un moment dans le pays où nous sommes obligés de fermer un centre hospitalier pour cause d’insécurité au lieu d’aborder en profondeur le problème, au lieu de mettre hors d’état de nuire les bandits », a poursuivi le médecin, également juriste, d’un ton furieux.
 « Je suis consterné, horriblement consterné. Je suis  un ancien de Chancerelles. En réalité, nous sommes trois frères médecins à avoir effectué notre résidence là-bas et qui successivement ont été résidents en chef de la maternité. Il n’est pas possible de fermer l’hôpital », a-t-il insisté, expliquant à la population que la décision ne vient pas de lui.
Le MSPP précise
« Nou pa fèmen Chancerelles (MIJ - LA). Le personnel et les malades ne peuvent pour des raisons de sécurité, selon eux, fréquenter l’hôpital. Les résidents en formation à l’hôpital ne doivent pas être laissés ainsi ''dans la rue''. Sinon ils vont perdre l’année. On se doit de trouver une solution pour leur permettre de poursuivre leur formation », a réagi le directeur général du MSPP, le Dr Lauré Adrien, précisant que « selon les responsables de l’institution, il n y a pas moyen de continuer à fonctionner car la situation environnante de l' hôpital ne permet pas au personnel et même aux patientes de s’y rendre et y séjourner ... ».
Le directeur général rassure que l’hôpital pourra à tout moment reprendre ses activités une fois la situation améliorée. « Nous espérons une amélioration prochaine de la situation pour que l’hôpital puisse offrir ses services à la population. En attendant, nous travaillons avec les responsables à trouver une solution à la formation des médecins résidents qui ont obligatoirement besoin d’un temps d’apprentissage bien déterminé et surtout d’un entraînement pratique régulier, supervisé et évalué pour compléter leur formation et mériter la certification », a-t-il affirmé.
Environ 500 employés sont affectés à la MIJ. Certains sont enrôlés dans un programme financé par le PEPFAR. Ces gens risquent de perdre automatiquement leur emploi dans un pays où le taux de chômage est estimé à environ 70%. Les résidents, quant à eux, pour poursuivre leur formation, seront insérés dans les autres hôpitaux universitaires du pays : l’hôpital La Paix et l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti.  « Il compte répartir les médecins de services dans les centres hospitaliers du pays, ainsi que le reste du personnel. Le directeur de l’hôpital et les chefs de services, parce qu’on ne peut pas avoir deux  chefs pour un même service, vont devoir rester à la disposition du MSPP. »
Le climat de violence, tel un train qui déraille, sévit dans plusieurs régions du pays depuis le mois de février. Les actes de banditisme ne font pas que détruire la vie des gens, mais aussi celle des institutions. Tous les secteurs de la vie nationale, notamment les organisations des droits humains, tirent la sonnette d’alarme, insistent sur le fait que celle-ci ne peut plus continuer.
Fondée en 1947, la MIJ qui a une double vocation: offrir des soins obstétrico- gynécologiques et pédiatriques et assurer la formation de spécialistes en obstétrique doit surseoir sur ces activités. En temps normal, une trentaine d’accouchements sont effectuées quotidiennement à la maternité. Les femmes sont les premières à être pénalisés par la décision de la fermeture jusqu’à nouvel ordre.

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